Histoire et Aménagement
Historique de l'aménagement du campus
Dans les années 1960, face à l'augmentation du nombre d'étudiants et à la dispersion des facultés dans Grenoble, la décision fut prise de créer un campus unifié. Après avoir envisagé des sites comme la colline du Rabot, jugée trop exiguë, et Champagnier, considéré trop onéreux, le choix se porta sur les terrains maraîchers de Saint-Martin-d'Hères et Gières. La première pierre fut posée en 1961, et l'Institut des mathématiques appliquées inauguré en 1963. Entre 1966 et 1971, des infrastructures majeures, dont les bibliothèques Droit-Lettres et Sciences ainsi que le grand amphithéâtre Louis-Weil, furent édifiées. Inspiré des modèles anglo-saxons, le campus adopta une organisation géométrique moderniste avec de vastes espaces végétalisés et des bâtiments aux formes simples et orthogonales, facilitant le stationnement. Cependant, les aménageurs, confrontés à l'étendue du terrain plat, concentrèrent les édifices emblématiques au cœur du campus, sans véritable composition d'ensemble, cherchant à créer une émotion forte par une architecture remarquable.
Intégration de l'environnement dans l'aménagement
I. Conception architecturale et urbanistique

Le campus a été conçu dès l’origine dans une logique de modernité fonctionnelle, avec un urbanisme étalé, des bâtiments aux lignes épurées, et une influence marquée du brutalisme, notamment par l’usage du béton brut. L’organisation spatiale répond à une vision de la ville-campus ouverte, où la circulation douce est favorisée : pistes cyclables, zones piétonnes, services partagés (Dotts), et accessibilité renforcée par les transports en commun. Cela répond aux principes de mobilité durable intégrés à l’aménagement. Le campus propose aussi des espaces modulables, en cohérence avec les besoins évolutifs de l’enseignement supérieur.
II. Espaces verts et biodiversité

Avec 53 % de surface non artificialisée (96 ha), le campus se rapproche des modèles de trames vertes urbaines, intégrant jardins, haies, arboretum et corridors écologiques malgré la fragmentation du bâti. L’Arboretum Robert Ruffier-Lanche incarne cette volonté d'intégrer la nature en ville (Mosaïques territoriales Richard Forman, 1995) et de préserver la biodiversité locale. Ces espaces remplissent aussi un rôle écosystémique : régulation thermique, filtration de l’air, gestion des eaux pluviales. Le campus devient ainsi un "poumon vert" de la métropole, illustrant une urbanisation qui cohabite avec les milieux naturels, selon la notion de ville résiliente (Villes biophiliques :T. Beatley, 2011).
Aménagements spécifiques de l'avenue centrale

Photo de la place centrale (source : wikipédia)
L'avenue centrale du campus de Saint-Martin-d'Hères présente une urbanisation dense qui s'atténue vers des zones plus naturelles en périphérie. Elle est jalonnée d'œuvres d'art contemporain, telles que "La Cornue" de Calder près de la bibliothèque Droit-Lettres, des fresques de street art, la place du Torrent, et l'installation "Observatorium" inaugurée en 2022 avec le restaurant universitaire Diderot. Ces œuvres résultent du dispositif du "1% culturel", intégrant l'art dans les constructions publiques. Des efforts ont également été faits pour réduire la circulation automobile, privilégiant les transports doux comme le tramway, qui représentait 60% des déplacements en 2010, contre 25% pour la voiture. Enfin, la création de places et zones piétonnes le long de l'avenue favorise les interactions sociales et offre des espaces de détente en harmonie avec l'environnement.
Initiatives récentes en faveur de l'environnement

Photo de la BU Joseph Fourier (source : Le Dauphiné Libéré )
La réhabilitation du restaurant universitaire Diderot marque la transition vers une architecture plus sobre, intégrée au paysage. Les choix architecturaux récents privilégient des matériaux durables comme le bois, les toits végétalisés et des normes environnementales renforcées. Ces transformations s’inscrivent dans le cadre du plan Campus 2025, et d’une politique active de rénovation énergétique financée à hauteur de 32 millions d’euros : isolation, ventilation photovoltaïque, et raccordement au réseau de chaleur Biomax. En résumé, le campus de Saint-Martin-d’Hères incarne une cohérence territoriale entre fonction universitaire et respect de l’environnement, en combinant urbanisme durable, espaces verts fonctionnels et transition énergétique. Il rejoint ainsi les ambitions des éco-campus européens promus par des organismes comme l’ADEME ou le Réseau français des établissements pour le développement durable (RFEDD).
Pour en savoir plus sur l'Histoire et l'Aménagement du Campus
Richard Forman, (1995), Mosaïques territoriales : l'écologie des paysages et des régions
Détails : Cet ouvrage s’intéresse à comment les structures spatiales influencent les processus écologiques à différentes échelles. Il propose une approche intégrée entre écologie et aménagement du territoire, en s’appuyant sur le concept de mosaïque paysagère.
Beatley, T. (2011). Villes biophiliques : Intégrer la nature dans la conception et la planification urbaines. Éditions Terre Urbaine.
Détails : Le campus universitaire de Grenoble répond aux principes défendus par l’auteur, ce qui justifie notre qualification de campus biophilique, intégrant la nature dans ses espaces de vie, d’étude et de circulation.
IUGA L3 Urbanisme
