Biodiversité et Urbanisme
Première expérience "Portrait multisensoriel d'un arbre"
La seconde étape de notre parcours consistait en une découverte de la biodiversité végétale, et de la place qu’elle occupe au sein du paysage du campus universitaire.
Nous avons tout d’abord commencé par faire un état des lieux de la flore présente au sein du campus, mais également des différents milieux biologiques que l’on peut y retrouver, et des infrastructures mises en place afin de la préserver une diversité d’espèces végétales. Cet inventaire nous a permis d’avoir une idée précise de la diversité des espèces et des situations de ces dernières sur notre terrain d’étude.
Selon la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), qui a réalisé un inventaire de la biodiversité sur le campus de Saint-Martin-d’Hères en 2021, on retrouve sur cet espace une végétation plutôt classique, que l’on retrouvera dans la plupart des milieux tempérés. Cependant, s’ajoute à cela des espèces propres aux milieux montagnards et alpins, du fait de la proximité avec les différents massifs montagnards qui entourent la ville de Grenoble.
Par ailleurs, le site comporte des espèces possédant de forts enjeux de protection. C’est le cas notamment pour les orchidées, dont on retrouve de nombreuses espèces sur la partie nord-est du campus. Certaines autres espèces remarquable ont également pu être identifiées, telles que l’iris fétide, ou bien encore l’urticulaire, une plante carnivore.

Cette diversité de la végétation est rendue possible par la présence de milieux biologiques très variés, et donc d’un très grand nombre de micro-habitats. Un micro-habitat, c’est un petit espace environnemental, au sein d'un habitat plus vaste, réunissant des conditions particulières (eau ou humidité, température, salinité, couverture pour abri ou reproduction, etc.) propres à certaines espèces vivantes qui dépendent étroitement de ces conditions.
Figure 1 : Mur végétalisé, un habitat majeur pour la biodiversité

Sur le campus, nous avons pu observer la présence de ces micro-habitat, et notamment d’un micro-habitat majeur (avec une présence avéré de la biodiversité, avec un mur végétalisé au nord du campus. En outre, nous avons pu faire un point sur la diversité des milieux présents en détaillant les pratiques de tontes raisonnées ou non, et leurs impact sur les habitants de ces milieux. Les berges de l’Isère, enfin, constituent un refuge phare pour la biodiversité. Malheureusement, nous n’avons pas pu nous y rendre, du fait de quelques imprévus survenus lors de la séance.
Figure 2 : Tonte raisonnée qui rentre en contraste avec la pelouse récréative tondue régulièrement
Présentation de l'expérience
Au cours de cette partie sur la biodiversité végétale sur le campus, nous avons choisi de faire expérimenter aux étudiants le lien sensible qu’il existe entre l’homme et la nature. Pour cela, nous nous sommes rendus à l’arboretum Ruffier-Lanche, situé tout à l’est du campus. C’est en 1966 que M. Ruffier-Lanche chef de culture du Jardin Alpin du Lautaret, un jardin situé dans le Vercors, commence à introduire sur le campus toutes sortes d’arbres et d’arbustes, afin de créer un arboretum sans équivalent en Isère. Aujourd’hui il compte près de 300 espèces différentes, qui viennent du monde entier : cèdre de l'Himalaya, ginkgo biloba, séquoia, épicéa de l'Oregon, forsythia blanc, bambou, jasmin, … Ce lieu participe ainsi grandement à la diversité des espèces au sein du campus.
Méthode utilisée lors de l'expérience

Figure 3 : Nuage de mots réalisé à partir des notes du carnet d’expérience.
L’objectif est de récolter les « sentir » et les « ressentir » des personnes, afin de capturer leur rapport avec l’espace en prenant en compte tous les sens impliqués. Avant de mener l’expérience paysagère, nous avons attribué à chaque étudiant un arbre qu’il aura à dessiner au sein de l’arboretum. Cela permettait qu’ils prêtent une attention toute particulière à la diversité végétale qui est présente au sein de cet espace. En cherchant la plante qui leur était attribuée, les étudiants ont ainsi pu en découvrir de nombreuses autres, qui leur étaient inconnues, et se plonger de manière plus complète dans l’ambiance de l’arboretum, un paysage qui lie biodiversité et savoir.
Par ailleurs, nous avons également distribué à chaque personne une enveloppe pour ramasser des objets provenant de l’Arboretum. Enfin, ils avaient pour consigne d’écrire un court texte sur leurs émotions et impressions par rapport à l’arbre ou la fleur qu’ils ont dessiné, mais aussi de manière plus générale, sur l’espace qu’ils expérimentaient.
Par cette expérience, nous avons voulu faire expérimenter aux étudiants la diversité des espèces présentes au sein de cet arboretum. Nous avons voulu souligner la provenance de chaque espèce, la plupart étant exogènes, venant d’Asie, d’Afrique ou bien des Amériques.
Résultats de l'expérience
Par cette expérience, nous avons voulu faire expérimenter aux étudiants la diversité des espèces présentes au sein de cet arboretum, et la manière dont chacun la ressentait. La collecte des résultats nous permet de souligner trois points phares qui lient la notion de biodiversité à celle de paysage.Nous avons pu nous rendre compte qu’un paysage végétal induisait chez les étudiants des sentiments souvent très similaires les uns des autres. Beaucoup ont souligné tout d’abord souligné le calme et la tranquillité que leur apportait leur expérience. Les mots comme « repos », « calme », « silence » sont énormément revenus. Il est apparu que l’arboretum s’apparentait à un espace qui semblait coupé du reste du campus, dans lequel on n’entend plus les bruits des activités autours. Or, justement, depuis les années 80, les études ont montré les bienfaits de la nature sur l’homme.
L’étude de Roger Ulrich, en 1984, publiée dans la revue Science, met en effet en évidence la relation entre l’exposition à la nature et le bien-être de l’être humain.Les étudiants ont ainsi pu percevoir cette tranquillité inhérente aux paysages naturels, qui ont de réels effets physiologiques : diminution de la fréquence cardiaque, baisse de la tension artérielle, baisse de l’activité nerveuse sympathique associée à des situations de stress, … (Cosquer, 2022)Cette sensation de tranquillité s’accompagne souvent d’une forte introspection, que la proximité avec la nature faciliterait.
Nous avons pu voir émerger dans les carnets des réflexions sur l’aspect majestueux et la grandeur de la nature (figure 4). Ces paroles font écho à l’expérience des romantiques au XIXe siècle, en littérature, ou même en peinture, avec le célèbre tableau de « Le voyageur contemplant une mer de nuages », de Caspar David Friedrich, présentant un homme seul face à la grandeur du paysage. Ces artistes proposaient une double approche du paysage, à la fois comme intimidant et immense, remettant ainsi en question la place de l’Homme dans l’univers, mais également comme source d’inspiration pour la création artistique.
Nous avons pu retrouver cette approche dans les carnets, avec notamment une élève qui a commencé à produire un poème, prenant pour objet l’arbre qu’on lui avait attribué (figure 5).

Figure 4 : Réflexions sur l’aspect majestueux de la nature

Figure 5 : Poème produit par un.e étudiant.e
Enfin, en laissant intentionnellement trop de temps aux étudiants pour réaliser leur dessin, nous leur avons ainsi permis de déambuler sans but précis au sein de l’arboretum, ce qui leur a fait expérimenter la posture du flâneur (Bohme, 2020 ; Schaeffer, 2015). Celle-ci permet une expérience esthétique du paysage, et une plus forte attention portée à l’environnement qui entoure le flâneur. Ainsi, les étudiants ont pu percevoir davantage de sensations auxquelles ils sont le plus souvent indifférents, telles que les odeurs, ou bien le paysage sonore (Schafer, 1979). Ils ont ainsi pu retransmettre cela au sein de leurs textes.
Cette expérience, mais surtout ce paysage de végétation au sein du campus permet de réfléchir la notion de paysage de biodiversité. En effet, celle-ci met en exergue le rapport sensible entretenu par les humains avec le paysage. Espace d’observation, de calme, mais aussi d’introspection et de promenade, l’arboretum nous permet aussi de nous questionner sur d’autres pistes de réflexions.Avec son planétarium et ses panneaux explicatifs, il fait le lien avec le lien entre paysage de biodiversité et paysage de savoir, notion qui semble plus qu’intéressante dans la mesure où cet espace est localisé sur le campus universitaire. Cependant, il nous permet également de voir le paysage comme une entité qui varie en fonction du temps. En effet, si nous y sommes allés à la fin de l’hiver, et que nous avons été ainsi confrontés à un espace nu, avec peu de fleurs et de feuilles, en y allant un mois plus tard, nous aurions pu avoir une toute autre expérience. Cela se manifeste notamment avec les dessins réalisés (figure 6) ou bien encore les éléments colléctés au cours de la sortie (figure 7), qui font l’état d’un espace marqué par une végétation d’hiver. De même, l’heure à laquelle nous nous sommes rendus dans l’arboretum aurait pu influencer les perceptions des étudiants, avec une présence humaine accrue l’après-midi, influençant la faune et sa présence sonore.
Nous nous sommes grandement inspirés, pour cette activité, de la méthode de Théa Manola (2013), sur les baluchons multisensoriels. Cette méthode consiste à donner au public de l’expérience un petit carnet afin de noter ses impressions et ressentis, mais également afin qu’il puisse dessiner ce qu’il voit dans le paysage. Il peut aussi enregistrer des sons, et ramasser des objets appartenant à l’espace expérimenté.

Figure 6 : Dessins d’arbres nus

Figure 7 : objets collectés par les étudiants dans les enveloppes
Deuxième expérience "Survol du Paysage"
Pour prolonger notre exploration du paysage et de la biodiversité sur le campus, nous avons souhaité introduire la notion de Trame verte et bleue. Outil d’aménagement du territoire qui vise à préserver et restaurer les continuités écologiques en s’appuyant sur un réseau fonctionnel composé de trois types d’espaces : les réservoirs de biodiversité, les corridors écologiques et les espaces relais. À l’échelle de Grenoble, la trame verte est principalement centrée sur les versants montagneux qui entourent la ville cependant les espaces bâtis, y compris le campus universitaire, ne sont pas pris en compte, comme s’ils étaient totalement dépourvus de vie biologique.
Ce constat soulève une question essentielle : n’est-ce pas un gâchis de négliger des espaces riches en biodiversité comme le campus universitaire ? Les expériences précédentes ont justement montré que ce lieu abrite une grande variété d’espèces animales et végétales.
Objectifs de cette expérience
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Prendre de la hauteur sur le paysage, en le regardant autrement, à une plus petite échelle
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Considérer la perception que pouvaient avoir les élèves sur les espaces verts et le paysage traversés tout au long de la sortie.
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Faire réfléchir le groupe à une échelle d’intervention pour la tram verte adaptée à un espace urbain plus local.
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Laisser la possibilité de proposer des pistes d’amélioration pour intégrer la ville dans les continuités écologiques, plutôt que de l’exclure.
Définition de la Trame verte et Bleue

La trame verte et bleue est un outil d’aménagement du territoire visant à préserver et restaurer les continuités écologiques. Elle se compose de la trame verte (espaces naturels terrestres : forêts, haies, prairies…) et de la trame bleue (milieux aquatiques : rivières, zones humides…). Ensemble, elles permettent aux espèces animales et végétales de circuler, de se reproduire et de survivre face à la fragmentation des habitats causée par les activités humaines.
Déscription de l'expérience

L’expérience consistait à analyser les espaces verts que nous avons traversés sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, durant la première partie de notre sortie afin d’identifier les éléments pouvant jouer un rôle dans une trame verte à l’échelle du campus. En fonction des différentes observations, des ressentis et de leur perception, les élèves devaient par la suite cartographier leur constat sur une carte. Il leur était demandé de représenter les réservoirs de biodiversité, les espaces de relais et les corridors qu’ils avaient pu repérer ainsi qu’ajouter des modifications ou améliorations, tout en tenant compte des spécificités et limites du site.
Résultats de l'expérience

Carte de la tram verte, réalisée par un participant de l'expérience
À travers cette expérience , les élèves ont pu prendre conscience de leur propre perception des espaces verts traversés au quotidien. En s’appuyant sur la notion de trame verte et bleue, l’exercice a permis de visualiser le rôle des réservoirs, des corridors écologiques et des espaces relais à l’échelle du campus. L’expérience a encouragé une réflexion sur l’échelle pertinente d’intervention et montré que les zones urbaines peuvent, elles aussi, participer activement aux continuités écologiques et avoir un impact sur la tram verte reconnu à l’échelle de l'agglomération. Il a également permis de porter un nouveau regard sur le paysage du campuscomme un maillon actif du réseau écologique.
Pour en savoir plus sur l'expérience Biodiversité
Clergeau, P., & Peskine Hélène. (2020). Urbanisme et biodiversité : vers un paysage vivant structurant le projet urbain.
Éditions Apogée.Cet ouvrage propose d’intégrer la biodiversité comme une trame vivante au cœur des projets urbains, en repensant les formes de l’urbanisation à travers le prisme du vivant. Les auteurs plaident pour un urbanisme écologique, où le paysage devient structurant et porteur de résilience
M., Morin, S., Paris, M., & Clergeau, P. (2016). Méthodologie de mise en place d’une Trame verte urbaine : le cas d’une communauté d’agglomération, Plaine Commune. Cybergeo.
Cet ouvrage propose une méthodologie concrète pour la mise en place d’une trame verte et bleue en milieu urbain, à l’échelle d’une intercommunalité. Il articule enjeux écologiques, urbanistiques et sociaux pour intégrer la nature en ville de manière cohérente et opérationnelle.
Ulrich, R. (1984). View through a window may influence recovery from surgery. Science, 224, 420-421.
Roger Ulrich a étudié l’influence de l’environnement sur la récupération de patients après une chirurgie. Il a comparé deux groupes : l’un avec vue sur des arbres, l’autre sur un mur de briques. Les patients exposés à la nature ont montré une récupération plus rapide, utilisé moins d’analgésiques et reçu moins de notes négatives dans leur dossier médical. Cette étude pionnière a apporté des preuves solides des bienfaits de la nature sur la santé, et influencé durablement l’architecture hospitalière.
Schaeffer, J.-M. (2015). L’expérience esthétique. Paris : Gallimard, coll. « NRF Essais ».
Dans ce livre, Jean-Marie Schaeffer propose une réflexion approfondie sur ce qu’est l’expérience esthétique, en adoptant une approche à la fois philosophique, cognitive et anthropologique. Il remet en question les conceptions traditionnelles qui réservent l’esthétique à l’art, et montre que l’expérience esthétique est un phénomène universel. Il reprend la figure du flâneur comme une personne vivant une expérience esthétique du paysage qu’il traverse.
Cosquer, A. (2022). Pourquoi la nature nous fait-elle du bien ? Rhizome, 82(1), 13–14.
Dans cet article concis, Aurélie Cosquer explore pourquoi la nature agit positivement sur notre bien-être. S’appuyant sur la psychologie environnementale et la biologie évolutive, elle montre que notre cerveau est façonné pour répondre favorablement aux environnements naturels. Ces derniers apaisent nos sens, réduisent le stress et favorisent des émotions positives. Elle alerte enfin sur la fragilité de ce lien, menacé par l’urbanisation et les modes de vie modernes
IUGA L3 Urbanisme


